Pourquoi un site sur Cocorosie ?
C’est simple, en cherchant “Cocorosie” sur Google, on ne trouve pas de site tendant à l’exhaustivité au sujet du groupe, ni même de site en français entièrement consacré à Cocorosie. C’est ce vide que nous tenterons de pallier avec ce site. Notre motivation est le dévouement (ou le culte) que nous vouons aux soeur Casady et à leur musique.
C’est qui ‘nous’ ?
Nous, c’est Pauline et Arnaud (Paurnaud quoi Ahahahahahahahaha…).
Que veut dire Hairnet Paradise ? Et pourquoi ce titre ?
Hairnet Paradise, en anglais, signifie ‘le paradis du filet à cheveux”. Pourquoi ? C’est difficile. D’abord c’est un chanson de Cocorosie. Si si, Youtube l’a dit. Puis si vous regardez le bandeau de notre site ici présent, vous verrez que Sierra porte un filet à cheveux (Bianca aussi, mais comme on a coupé l’image…). Celui qui pense qu’on a pas beaucoup d’inspiration a raison.
Il est superbe ce site ! Comment vous l’avez fait ?
Hairnet Paradise tourne grâce au CMS Wordpress. Le design s’inspire beaucoup du theme Mistylook 3.0 de Sadish Bala. La police du bandeau d’en-tête est “aguzlo” faite par Agustine Lonetti.
Mince, le site ne fonctionne pas bien chez moi !
Bon. Tout d’abord, il faut disposer d’un ordinateur connecté à internet et disposant d’un écran pour bénéficier du rendu visuel du site. Coté logiciel, Hairnet Paradise fonctionne sur les dernières versions d’Internet Explorer, de Mozilla et d’Opera. Pour la résolution d’écran, une largeur équivalente à 800 pixels semble suffire. Je pense vraiment que le site est accessible de partout, il s’affiche même correctement sur une Wii, c’est dire.
Le silence ne dit-il rien ?
Il existe plusieurs formes de silence, mais le silence le plus incompréhensible, c’est assurément celui de l’incapacité de pouvoir communiquer. Nous sommes si familier avec le bruit des mots qu’il nous est difficile d’imaginer ce que nous deviendrions s’il n’y avait pas de mots, pas de sons, pas de capacité d’audition. En l’absence de l’ouïe, comment donc pourrions-nous manipuler des signes, comment pourrions-nous former une pensée ? Qu’est-ce que le silence de celui qui n’entend pas?
C’est le problème que nous posent les sourds-muets, eux qui vivent perpétuellement dans une des formes du silence, celui de l’absence de verbalisation auditive des mots. Pourtant ils parviennent à communiquer et à structurer une pensée dans un langage qui leur est propre. Quel est le silence que connaît au début le sourd-muet ? (texte)
Celui de l’impossibilité de communiquer, ce n’estpas l’absence de bruit en général. Il se sent au début comme privé du pouvoir de communiquer, parce que privé de parole et que l’accès à la parole est le mode le plus partagé de la communication. Arrêtons-nous sur le témoignage d’Emmanuelle Laborit dans Le Cri de la mouette. Elle se compare elle-même à ses poupées qu’elle rangeait le soir dans son lit. « La nuit, je dors bien rangée au calme comme une poupée. Ça ne parle pas une poupée. J’ai vécu dans le silence parce que je ne communiquais pas… Pour moi, tout le monde était noir silence, sauf mes parents, surtout ma mère”. Le silence a un sens qui n’est qu’à moi, celui de l’absence de communication. Autrement, je n’ai jamais vécu dans le silence complet, j’ai mes bruits personnels, inexplicables pour un entendant. J’ai mon imagination et elle a ses bruits en images. J’imagine des sons en couleur ». (texte)
Il y a bien de la différence entre le silence et l’absence de bruit. Ce n’est pas la même chose qu’exiger le silence et ne rien entendre. Ce n’est pas du tout la même souffrance. Ici le silence n’est pas absence de bruit mais absence de communication. Pour Emmanuelle Laborit ce silence a duré de la naissance jusqu’à sept ans, à l’âge enfin où elle apprendra un langage, le langage des sourds-muets. Apprendre un langage, comme elle le note elle-même, ce n’est pas apprendre un code, ni un jargon, ce qui supposerait déjà un langage préalable. C’est entrer dans le monde de la communication par des signes. La première entrée dans le langage est comme une naissance. Auparavant, Emmanuelle en est réduite à faire des mimes devant le visage de sa mère et à ne pas pouvoir aller au-delà de l’expression des besoins et des émotions. D’où l’importance de la lecture du visage face à face de la visualisation de tout, des couleurs et de la lumière. L’angoisse de la non-communication, c’est l’angoisse de se retrouver dans le noir, comme l’entendant se retrouverait sans parole dans un monde pourtant humain. «Avec mes yeux, dans la lumière, je peux tout contrôler. Noir est synonyme de non-communication, donc de silence. Absence de lumière : panique. Plus tard, j’ai appris à éteindre la lumière avant de dormir ».
Emmanuelle Laborit nous renvoie au mystère de ce qu’il y avait avant le langage et son extension dans la culture. Ce qui était avant le langage reste mystère pour celui qui est entré dans le monde des signes. Qu’y a-t-il avant les signes ? Une pensée ? Non. Avant, il ne semble n’y avoir rien de structuré, une conscience dans un monde inculte, naturel au sens quasi-instinctif ; d’où le sentiment d’avoir vécu comme une sauvageonne au pays de la culture des entendants. « moi, j’étais nettement en retard, je n’ai appris cette langue qu’à sept ans. Avant, j’étais sûrement comme une débile, une sauvage. C’est fou. Comment cela se passait avant ? Je n’avais pas de langue. Comment j’ai pu me construire ? Comment j’ai compris ? Comment je faisais pour appeler les gens ? Comment je faisais pour demander quelque chose ? Est-ce que je pensais ? Sûrement. Mais à quoi ? A ma furie de communiquer absolument. A cette sensation d’être enfermée derrière une énorme porte, que je pouvais pas ouvrir pour me faire comprendre des autres ».
Elle dit je pensais sûrement, mais elle ne s’en souvient pas. La mémoire pouvait-elle être structurée avant le langage? Dans pareil état, pouvait-il y avoir des repères dans la réalité ? Un ordre dans l’espace et le temps ? Une reconnaissance d’idées abstraites? Pouvait-il y avoir identification de quoi que ce soit, si le langage n’était pas là ? Pour identifier, pour repérer quelque chose, pour mettre un ordre, il faut un signe. Sans le signe, pas d’identification, ni de repère. Un état dans lequel l’esprit est sans repère risque fort d’être très confus. C’est la situation du nourrisson longtemps englué dans une sorte de constante hallucination, qui ne fait guère de différence entre les apparitions fugitives du rêve et celles de l’état de veille. C’est la situation du sourd-muet que l’on va laisser pendant longtemps sans langage. D’où rétrospectivement l’impression de chaos des souvenirs de cette époque, notamment sans repérage dans le temps : « un chaos dans ma tête, une suite d’images sans relation les unes avec les autres, comme des séquences d’un film montées l’une derrière l’autre, avec de longues bandes noires, …des images dont j’ignore la chronologie … Avenir, passé, tout était sur la même ligne espace-temps. Maman disait hier… et moi je ne comprenais pas où était hier, ce qu’était hier… Je n’arrive toujours pas à mettre des dates sur cette période de zéro à sept ans. Ni à remettre en ordre ce que j’ai fait ». Pour mettre de l’ordre dans le temps, il faut avoir une représentation objective du temps, s’appuyer sur le temps mesuré de l’attitude naturelle. Le sentiment d’une Durée sans repères se comprend au sens où, le repère suppose des signes pour le nommer. Curieusement, une variation du temps fluide et sans repères peut tout aussi bien donner l’impression que le temps ne s’écoule pas vraiment : « Le temps faisait du surplace » dit-elle. Ce qui donne donc à penser qu’en l’absence de langage, dans le silence de la non-communication, le vécu temporel ne prend pas de forme définie, le vécu n’est pas vraiment réfléchi, parce qu’il n’y a pas de mot pour le nommer.
« En essayant de rassembler le puzzle de ma petite enfance pour écrire, je n’ai retrouvé que des bouts d’images. Les autres souvenirs sont dans un chaos inaccessible au souvenir. Enfouis dans cette période où, avec l’absence de langage, l’inconnu des mots, la solitude et le mur du silence, je me suis débrouillée, j’ignore comment”.
Identifier par un nom, c’est donner une identité et même se donner une identité. Comment donner une identité sans des mots? Dans un silence de la non-communication, sans langage, on voit mal comment pourrait s’accomplir l’émergence de l’identité, y compris celle du moi. Ce n’est qu’au début de son apprentissage du langage des sourds-muets qu’Emmanuelle comprend la valeur du nom propre pour repérer une identité individuelle. “J’étais surprise de découvrir que lui s’appelait Alfredo, l’autre Bill… Et moi surtout, moi, Emmanuelle. Je comprenais enfin que j’avais une identité. JE :”Emmanuelle”. « Jusque-là je parlais de moi comme de quelqu’un d’autre, une personne qui n’était pas “je”. On disait; toujours : Emmanuelle est sourde… Il n’y avait pas de “je”. J’étais “elle”. “Emmanuelle sourde ne savait pas qu’elle était “je”, qu’elle était “moi”. Elle l’a découvert avec le langage des signes, et maintenant elle le sait”. Tout enfant commence à s’exprimer en parlant de lui-même à la troisième personne, il se passe une transformation importante quand l’enfant passe de « il » à « je ». Ce passage est la manifestation du sens de l’ego. Or il semble que le sens du moi, pour s’affirmer, a besoin du langage ; et c’est grâce au langage que le moi peut-être identifié et posé à part. Le langage permet au mental de poser des objets, parce qu’il permet de nommer, il permet au mental de se réfléchir lui-même, donc de se poser en tant que sujet distinct. Le langage permet de passer de l’impersonnel au personnel, et tout d’abord au personnel sous la forme d’une conscience de l’individu en tant que « moi ». Et à partir de ce moment-là , comme Je est éveillé , tout le reste peut suivre :
“Petit à petit, j’ai rangé les choses dans ma tète, et j’ai commencé à me construire une pensée, une réflexion organisée. A communiquer avec mon père surtout”. Donc, “le premier, l’immense progrès en sept ans d’existence, venait d’être accompli je m’appelle “je”… Quand la conscience de soi s’est levée, quand la porte de la communication est ouverte grâce à un langage, le silence oppressant de la non communication tombe peu à peu. C’est l’explosion vers les autres et la communication. D’où le fait « qu’à partir de sept ans, je suis devenue bavarde et lumineuse. La langue des signes était ma lumière, mon soleil, je n’arrêtais pas de m’exprimer, ça sortait, sortait, comme par une grande ouverture vers la lumière. Je ne pouvais plus m’arrêter de parler aux gens. Je suis devenue “soleil qui part du cœur”.


